Vernissage le mercredi 16 décembre à 18h à l’Espace de l’Art Concret, Château de Mouans-Sartoux.

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Le béa-ba du KKF à l'EAC - photoLes artistes du connectif KKF / Keskon Fabrique, accueillis en résidence à l’Espace de l’Art Concret du 1er juin au 15 juillet 2015, ont été invités à revisiter, dans leur esprit de création, la collection d’art concret.

Le travail du connectif se fonde sur le ramassage et le détournement de matériaux bruts, devenus inutiles, en vue de leur donner une seconde vie, et de changer le regard du spectateur sur ce qui l’entoure. La rencontre avec la matière, née du hasard et de l’inspiration, guide les artistes qui naviguent entre l’art et le design. De la danse avec l’objet naît l’orientation d’une production entre ces deux champs de création, qui s’imbriquent et s’influencent, en questionnant la limite entre les disciplines. La matière, au cœur de la réalisation, conservée dans son aspect brut comme trace de l’histoire de l’objet, entre dans des compositions audacieuses et singulières qui en révèlent l’âme et l’esthétisme.

L’exposition Le béa-ba du KKF à l’EAC présente le résultat de leurs recherches et de leur expérimentation d’un domaine qui apparaît initialement comme n’étant pas le leur. Le titre phonétique souligne d’ailleurs, dans l’esprit d’autodérision du KKF, revendiquant en creux une modestie sincère, l’enrichissement qu’a représenté pour le connectif cette opportunité de venir faire ses gammes, d’apprendre son alphabet au sein d’un centre d’art tel que l’Espace de l’Art Concret.

Plongés dans l’univers esthétique de l’abstraction géométrique, les artistes, dans une production instinctive, fondée, non sur une recherche intellectuelle et théorique, mais sur la rencontre directe et sensible avec les œuvres, en ont retenu la question de la couleur, de la ligne, du volume, de la vibration et de la répétition.
En écho à ces caractéristiques de l’art concret, ils ont ainsi créé quatre œuvres de grand format, à partir de matériaux trouvés sur place, dans des chantiers et entreprises de Mouans-Sartoux et à l’EAC même. Leur titre, – Les baguettes, Les portes, Les colonnes jaunes, Les alvéoles -, que le connectif a choisi de réduire sobrement à une fonction descriptive, fait écho à l’objectif de l’Art concret, tel qu’il a été énoncé par Théo van Doesburg en 1930, de ramener l’œuvre à elle-même en réduisant ses éléments à l’essentiel.

Les plasticiens du KKF ont également créé lors de cette résidence deux vidéos, qui, malgré le rejet de ce support par Gottfried Honegger qui souhaitait un rapport direct à l’œuvre d’art, sont présentées en tant que témoins de l’identité et de l’esprit du connectif.

Si l’abstraction et l’art conceptuel apparaissent très éloignés de la création du connectif KKF, revendiquant une immédiateté de lecture et cherchant à ramener l’art à sa fonction première de création de lien, de connexion, le recours à la théorie révèle cependant des points de rencontre, notamment sur la question de la réception de l’œuvre et sur celle du processus de création :
– en effet, la conception de Honegger, «apprendre à regarder, car regarder est un acte créatif », posant la philosophie de l’EAC, entre en résonance directe avec le principe du connectif KKF, pour lequel « le geste créatif commence dans le regard de celui qui veut voir ». Ce parallèle bien réel se traduit par la place accordée au public aussi bien par l’EAC, qui cherche à éduquer la vision, que par le KKF, qui induit d’une part le spectateur à changer de regard sur ce qui l’entoure et qui le fait d’autre part fréquemment entrer dans sa proposition artistique ;
– par ailleurs, la déclaration de Theo Van Doesburg, selon laquelle l’art concret produit une « peinture concrète et non abstraite, parce que rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur, qu’une surface », place le matériau au cœur de la création. Un rapprochement peut ainsi être opéré avec la création du KKF au travers de l’affirmation de la matière, qui, même pour des raisons différentes, se révèle primordiale dans les deux processus de création.
En revisitant la collection d’art concret de l’EAC, le KKF a réalisé un travail expérimental mais a finalement créé, de la même manière que pour ses réalisations propres, selon un principe d’adaptation, que les artistes pratiquent habituellement par rapport à la matière, et qui s’est appliqué ici vis-à-vis d’une collection et d’un mouvement de l’histoire de l’art.

C’est en ce sens que le connectif KKF, conformément à l’article 3 du Manifeste affirmant que « le tableau n’a pas d’autre signification que lui-même », a choisi spécialement pour cette exposition de ne pas écrire de notices d’œuvres qui font habituellement partie intégrante de son principe de création et de connexion.